Le criquet est un insecte phytophage : il se nourrit exclusivement de végétaux, principalement de feuilles qu’il découpe et broie grâce à un appareil buccal de type broyeur. Selon les espèces, le régime peut être euryphage (large spectre de plantes consommées) ou sténophage (limité à quelques végétaux). Cette distinction conditionne directement la façon de nourrir des criquets en captivité, que l’objectif soit l’alimentation de reptiles ou la production d’insectes comestibles.
Appareil buccal et digestion du criquet : comprendre pour mieux nourrir
Avant de choisir quels végétaux distribuer, il faut comprendre comment le criquet traite sa nourriture. Ses pièces buccales fonctionnent comme un système de découpe et de broyage en plusieurs étapes.
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Les palpes labiaux et maxillaires palpent la surface de la feuille pour évaluer sa texture et sa composition chimique. Si la plante convient, les mandibules sectionnent des fragments qu’elles broient ensuite en particules fines. Ce mécanisme explique pourquoi les criquets refusent certains végétaux trop coriaces ou trop humides : la feuille doit se laisser découper sans coller aux pièces buccales.
En pratique, cela signifie que les feuilles distribuées en élevage doivent être fraîches mais non détrempées. Une feuille de salade gorgée d’eau sera délaissée, alors qu’une pousse de graminée légèrement séchée sera consommée rapidement.
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Alimentation du criquet en élevage : quels végétaux distribuer
Les guides anciens recommandaient souvent un mélange unique de blé germé et d’herbe coupée. Les retours d’éleveurs amateurs et les recommandations récentes vont plus loin : varier les végétaux réduit les carences et limite le cannibalisme.
Un régime diversifié s’organise autour de trois familles de plantes complémentaires.
- Les graminées (ray-grass, blé germé, fétuque) constituent la base. Elles apportent des fibres et reproduisent le régime naturel des espèces comme Locusta migratoria.
- Les légumineuses (trèfle, luzerne) enrichissent la ration en protéines végétales. Quelques brins mélangés aux graminées suffisent.
- Les herbes aromatiques non toxiques (persil, basilic en petite quantité) diversifient l’apport en micronutriments. Elles ne remplacent pas la base de graminées mais la complètent.
Les végétaux potentiellement contaminés par des pesticides ou des mycotoxines sont à exclure. Pour tout criquet destiné à l’alimentation humaine ou animale, la nature du fourrage influe directement sur le profil nutritionnel et la présence éventuelle de contaminants dans l’insecte.
Fréquence et quantité de nourriture
Les criquets consomment leur propre poids en végétaux chaque jour lorsque les températures sont favorables. En élevage, la distribution se fait quotidiennement. Retirer les restes de la veille évite les moisissures, qui peuvent décimer une colonie en quelques jours.
Un lot bien nourri se reconnaît à son activité : les criquets se déplacent, sautent et émettent des stridulations régulières. Un groupe apathique qui se regroupe dans un coin signale souvent un manque de nourriture ou une température inadaptée.
Hydratation du criquet : gel hydratant contre coupelle d’eau
L’hydratation est le point aveugle de la plupart des guides qui se concentrent sur la nourriture solide. Les criquets boivent peu au sens classique, mais ont besoin d’un apport en eau régulier.
Les coupelles d’eau posent un problème concret : les noyades représentent une cause majeure de mortalité dans les petits élevages. Même avec du coton imbibé, des criquets tombent et se noient, surtout les jeunes stades larvaires.
Les substituts d’eau gélifiée (gel hydratant pour insectes, disponibles en animalerie) résolvent ce problème. Ils maintiennent une hydratation constante sans surface liquide libre. Le gel se place dans une coupelle plate et se remplace tous les deux à trois jours selon la température ambiante.
L’humidité de l’air joue aussi un rôle. Les criquets préfèrent un environnement sec. Une hygrométrie trop élevée favorise les infections fongiques. Ventiler le terrarium reste aussi utile que bien nourrir les insectes.

Supplémentation calcium et vitamines pour criquets destinés aux reptiles
Un criquet nourri uniquement de graminées n’est pas un aliment complet pour un reptile insectivore. Le ratio calcium/phosphore naturel du criquet est déséquilibré, ce qui peut provoquer des troubles métaboliques chez les lézards, caméléons ou geckos qui s’en nourrissent.
Depuis quelques années, la pratique du gut loading et du saupoudrage s’est systématisée dans les filières reptiles. Le principe est double :
- Le gut loading consiste à enrichir l’alimentation des criquets avec des végétaux riches en calcium (feuilles de pissenlit, chou frisé) dans les 24 à 48 heures précédant la distribution aux reptiles.
- Le saupoudrage (dusting) consiste à enrober les criquets de poudre de calcium, avec ou sans vitamine D3, juste avant de les offrir au reptile.
- Certains éleveurs combinent les deux méthodes pour maximiser la valeur nutritionnelle de chaque insecte distribué.
Le gut loading modifie réellement le contenu nutritionnel du criquet. Un criquet alimenté avec des végétaux pauvres en calcium reste pauvre en calcium, quel que soit le saupoudrage appliqué ensuite. Les deux approches se complètent, l’une ne remplace pas l’autre.
Qualité nutritionnelle et alimentation humaine
Pour les criquets destinés à la consommation humaine, les enjeux diffèrent. La teneur en protéines du criquet migrateur est élevée, ce qui en fait un candidat sérieux dans les filières d’insectes comestibles. La qualité de cette protéine dépend directement de ce que le criquet a mangé : des coproduits agricoles propres et diversifiés produisent un insecte au profil nutritionnel plus complet que du blé germé seul.
Les réglementations encadrant les insectes comestibles insistent sur la traçabilité du substrat alimentaire. L’alimentation du criquet détermine la qualité du produit fini, que ce produit soit un insecte vivant pour reptile ou une farine pour l’alimentation humaine.
Nourrir correctement un criquet d’élevage ne se résume pas à jeter de l’herbe dans un terrarium. Le choix des végétaux, leur diversité, le mode d’hydratation et la supplémentation éventuelle forment un ensemble cohérent. Un criquet bien nourri vit plus longtemps, se reproduit mieux et constitue une proie ou un aliment de meilleure qualité nutritionnelle.

